Que photographier dans le massif des Bauges ?
Les Bauges ne sont pas un massif immense. Pourtant, pour un photographe, on peut vraiment changer d’univers en quelques kilomètres.
À l’ouest, le relief s’ouvre brutalement au-dessus du lac du Bourget. Plus au nord, la Croix du Nivolet vient mettre un élément humain très graphique au milieu des montagnes. Au Margériaz, le calcaire ne se lit plus seulement dans un relief lointain : on peut travailler directement avec le plateau, les formes du sol, la neige et la forêt. À l’est, l’Arclusaz dessine au contraire une grande silhouette que l’on peut photographier depuis très loin.
Et puis il y a tout le reste : les grands sommets des Hautes-Bauges, l’Arcalod, le Trélod, le Charbon, Chaurionde, le Colombier, les forêts de La Féclaz, le Semnoz, le col des Prés… C’est ce qui rend les Bauges intéressantes à photographier. On n’est pas condamné à faire du grand panorama.
On peut travailler une succession de crêtes dans la brume, un sommet isolé au téléobjectif, une forêt dans le brouillard, une pente enneigée, le calcaire juste devant les pieds ou un paysage beaucoup plus ouvert.
Photographie d’ouverture : Pierre Thiaville — Massif des Bauges au coucher du soleil.
Comprendre les Bauges
Pourquoi le massif donne des photos aussi différentes
Une bonne partie de cette diversité vient du relief. Les Bauges sont un massif calcaire, mais le calcaire ne produit pas partout la même chose. À l’Arclusaz, il dessine un synclinal perché très lisible. Au Margériaz, le relief devient karstique : lapiaz et dolines peuvent passer au premier plan. Ailleurs, il forme des crêts et des plateaux plus ouverts.
Les vallées et les bassins hérités des glaciations donnent aussi beaucoup de profondeur au paysage. Depuis certains secteurs, on peut empiler plusieurs plans jusqu’aux massifs du fond. Ailleurs, la forêt ou les alpages ferment complètement le cadre.
Pour moi, c’est important parce que ça change la façon de regarder le massif. Au Revard, je regarde loin. Au Margériaz, je regarde aussi ce qu’il y a à mes pieds. Dans les Hautes-Bauges, je peux attendre qu’une lumière vienne détacher un sommet ou une pente. À La Féclaz, je peux très bien passer une sortie entière sans avoir besoin de voir un seul sommet.
Regarder loin
Revard et Semnoz fonctionnent très bien quand l’air et la lumière séparent vraiment les différents plans.
Accrocher l’œil
Au Nivolet, la Croix peut donner un point d’appui très simple dans un paysage immense.
Regarder le sol
Au Margériaz, les roches, le karst, les ruptures du terrain et la neige peuvent compter autant que l’horizon.
Isoler une forme
Arclusaz, Colombier ou certains grands sommets des Hautes-Bauges supportent très bien les cadrages plus serrés.
Pour aller vite
Que photographier dans le massif des Bauges ?
Si vous savez déjà quel type d’image vous cherchez, voilà où je commencerais.
Pour le lac du Bourget, les grands horizons et les couches de relief : Mont Revard.
Pour travailler un repère humain simple dans un paysage immense : Croix du Nivolet.
Pour les lapiaz, les dolines, les roches, la neige et les ruptures du terrain : Margériaz.
Pour la grande silhouette d’un synclinal perché, lisible même à distance : Dent d’Arclusaz.
Arcalod, Trélod–Charbon, Chaurionde, vallons, alpages et grands reliefs : Hautes-Bauges.
Pour travailler une forme de montagne plus simple et plus détachée : Mont Colombier / Dent de Rossanaz.
Crêts, dolines, plateau et vues très ouvertes sur le cœur des Bauges et les reliefs voisins : Semnoz.
Quand les sommets ne donnent rien ou qu’on veut quitter le panorama : La Féclaz.
Prairies, neige, reliefs proches et météo hivernale : col des Prés.
Une image qui raconte bien le massif
Pas besoin d’un sommet emblématique au milieu du cadre
Ici, ce sont surtout les successions de reliefs et l’atmosphère qui font la photo. Au premier plan, la pente attrape une lumière chaude. Derrière, les montagnes deviennent progressivement plus froides et plus douces. Une couche de brume sépare les reliefs, tandis que quelques falaises prennent encore un peu de lumière.
Le regard peut avancer dans l’image sans qu’il y ait un seul gros sujet planté au centre. C’est typiquement le genre de scène où j’attends davantage une belle atmosphère qu’un endroit précis.
Photographie : Pierre ThiavilleVoir la photographie du massif des Bauges →
À approfondir
Quatre sujets qui ont leur propre guide
Mont Revard
Belvédère · Lac du Bourget · Grands horizonsLa vue est immense, mais c’est justement le piège : à l’œil tout fonctionne, alors qu’en photo les plans peuvent vite se mélanger. J’irais au Revard quand l’atmosphère ou la lumière séparent vraiment le lac, les reliefs intermédiaires et les montagnes du fond.
Croix du Nivolet
Croix · Corniche · ÉchelleLa Croix donne un point d’accroche très clair et permet de jouer avec l’échelle. Si elle devient minuscule au milieu d’un panorama énorme, elle perd vite son intérêt. Tout se joue donc dans sa place dans le cadre et dans ce qu’on garde autour.
Margériaz
Plateau calcaire · Karst · NeigeLe Margériaz est intéressant pour ses formes de sol, ses roches, ses ruptures entre forêt et alpage et la façon dont la neige vient modifier tout ça. Ce n’est pas seulement un beau point de vue : une partie du travail se fait vraiment devant les pieds.
Dent d’Arclusaz
Synclinal · Piémont · DistanceL’Arclusaz fonctionne très bien à distance. Depuis la Combe de Savoie, on récupère la continuité du synclinal et sa relation avec le piémont. Le lac de Carouge peut apporter un premier plan fort, sans qu’un reflet parfait soit nécessaire.

Revard : la passerelle fait vraiment la photo
Les deux rambardes créent une perspective très forte et emmènent directement vers l’horizon. Les reliefs restent beaucoup plus doux derrière. J’aime cet exemple parce qu’un élément humain peut parfois être bien plus utile dans le cadre que lorsqu’on essaie à tout prix de le cacher.
Photographie : Pierre ThiavilleVoir la photographie du Mont Revard →

Nivolet : la taille de la Croix change complètement l’image
Le relief descend en diagonale dans le cadre, avec une lumière chaude sur les pentes et des montagnes beaucoup plus douces derrière. La Croix devient discrète dans une petite reproduction : c’est justement un bon rappel qu’un léger changement de focale ou de cadrage peut totalement changer sa présence.
Photographie : Pierre ThiavilleVoir la photographie de la Croix du Nivolet →

Margériaz : une ambiance hivernale, pas une démonstration de karst
On voit surtout le profil enneigé de la montagne, une bande de forêt sombre au pied du relief, un grand épicéa au premier plan et un ciel bleu très dense. La neige souligne plusieurs ruptures de pente, mais le lapiaz n’est pas assez lisible ici pour raconter autre chose que ce que montre réellement la photo.
Photographie : Pierre ThiavilleVoir la photographie du Margériaz →

Arclusaz : l’eau calme et une montagne énorme derrière
Le lac forme une grande horizontale dans le bas du cadre. Une ligne d’arbres sépare ensuite l’eau de la montagne, tandis que les nuages accrochés à mi-pente cassent la masse de l’Arclusaz. Il n’y a pas besoin d’un miroir parfait sur le lac pour que l’image fonctionne.
Photographie : Laurens JobseVoir la photographie de la Dent d’Arclusaz →
À ne pas oublier
Les autres grands sujets à photographier dans les Bauges
Hautes-Bauges : Arcalod, Trélod–Charbon, Chaurionde
Si vous cherchez les Bauges les plus franchement alpines, c’est ici. L’Arcalod est l’un des grands sommets du massif, le Trélod et le Charbon composent un relief très reconnaissable, et Chaurionde ajoute encore une autre grande forme dans le paysage.
Je ne limiterais surtout pas ce secteur aux sommets. Les vallons, les alpages, les forêts et les villages au pied des pentes servent énormément à donner de l’échelle. Et quand les nuages commencent à accrocher les reliefs, je ne considère pas forcément ça comme une mauvaise condition : un sommet qui entre et sort des nuages peut avoir beaucoup plus de présence qu’un relief parfaitement dégagé sous un ciel vide.
Mont Colombier / Dent de Rossanaz
Le Colombier et Rossanaz se détachent assez bien dans le cœur du massif. Leur structure de synclinal perché donne aussi une ligne de relief très lisible. Depuis les axes du col des Prés ou des Aillons, cette silhouette peut devenir le sujet même depuis assez loin. Ici, ce qui m’intéresserait surtout, c’est la ligne du relief : une belle lumière latérale, un ciel plus sombre derrière ou une atmosphère légèrement brumeuse peuvent suffire à rendre la silhouette beaucoup plus forte.
Ils supportent aussi très bien les cadrages plus serrés. Pas besoin de mettre quinze sommets et toute la vallée autour.
Semnoz
Le Semnoz offre énormément d’ouverture. Les crêts, les dolines et les formes du plateau donnent déjà des sujets. Par temps clair, le regard peut aussi passer du cœur des Bauges jusqu’au Mont-Blanc et aux massifs voisins.
Comme au Revard, il faut faire du tri. Ce n’est pas parce qu’on voit tout qu’il faut tout mettre dans la photo. Je chercherais plutôt un relief qui accroche bien la lumière, une succession de plans vraiment lisible ou un premier plan capable de donner un peu de profondeur.
La Féclaz
La Féclaz est presque l’antidote du panorama. Les lisières, les clairières, le rythme des troncs, quelques épicéas enneigés ou une trouée de lumière dans la forêt peuvent largement suffire.
C’est aussi un excellent plan B quand les sommets sont complètement bouchés. En forêt, le brouillard peut même être un avantage : il nettoie l’arrière-plan et évite d’avoir vingt couches de branches qui viennent brouiller le cadre.
Col des Prés
Le col des Prés peut sembler moins spectaculaire que les grands sommets, mais c’est justement un bon secteur pour travailler une ambiance plus douce ou une météo qui se ferme. Depuis le col des Prés, le Colombier ou Rossanaz peuvent aussi devenir de vrais sujets. Si leur silhouette devient la raison principale de regarder, je les traiterais comme le vrai sujet.
Sur la photo de la galerie, les conifères du premier plan sont chargés de neige, les reliefs derrière passent du blanc à des teintes plus brunes et chaudes, et le ciel est lourd, presque fermé. Ce n’est pas une carte postale de prairie sous le soleil. C’est une vraie ambiance de montagne en hiver, et personnellement je trouve ça beaucoup plus intéressant.
Le col des Prés quand le temps se ferme
La météo fait ici une bonne partie de la photo
Le froid et la neige dominent au premier plan, les pentes reprennent des couleurs plus chaudes derrière, puis les nuages viennent refermer tout le haut du cadre. J’aime justement ce type de conditions parce qu’elles donnent une image beaucoup moins lisse que le grand ciel bleu.
Photographie : Pierre ThiavilleVoir la photographie du col des Prés →
Quand les conditions changent
Arrêter de forcer la photo qu’on avait prévue
Profiter des grands horizons
Revard ou Semnoz deviennent plus intéressants quand les différents reliefs se séparent vraiment. Même là, voir très loin ne veut pas dire qu’il faut tout mettre dans le cadre.
Rapprocher le regard
La Féclaz, la forêt ou les détails du Margériaz peuvent devenir beaucoup plus intéressants qu’un panorama noyé dans le gris.
Simplifier fort
Si une lumière tombe sur l’Arclusaz ou un sommet des Hautes-Bauges, ça vaut souvent le coup de resserrer le cadre et de travailler seulement cette partie du relief.
Regarder ce qu’elle fait vraiment au terrain
Parfois la neige révèle les formes. Parfois elle les gomme complètement. Même chose avec la brume : une couche basse entre plusieurs crêtes peut être superbe ; une purée uniforme devant l’objectif, beaucoup moins.
Il n’y a pas vraiment de recette. Il faut regarder ce que la montagne vous donne ce jour-là et arrêter de vouloir lui imposer la photo qu’on avait imaginée la veille.
À propos des images
Je préfère montrer moins de photographies, mais savoir exactement ce qu’elles montrent
Une photographie du massif prise au coucher du soleil ne devient pas une photo de l’Arcalod parce que l’Arcalod pourrait éventuellement être quelque part dans le cadre. Une montagne enneigée prise dans les Bauges ne devient pas automatiquement une illustration du Trélod.
C’est aussi pour ça que certains sujets importants de cette page n’ont pas encore de photographie associée. Je n’ai pas aujourd’hui dans la galerie une image suffisamment précise de l’Arcalod, du Trélod, de Chaurionde, du Colombier ou de Rossanaz pour l’utiliser comme illustration locale.
Je préfère ne rien mettre plutôt que raconter n’importe quoi avec une photo prise ailleurs dans le massif.
Avant de partir
Photographier dans les Bauges : terrain, météo et accès
Le massif des Bauges n’est pas uniforme en termes de terrain, d’accès ou de protection. Un belvédère facilement accessible et une sortie vers un sommet des Hautes-Bauges n’ont évidemment rien à voir.
Avant de partir, je vérifie donc toujours le secteur précis : météo, visibilité, enneigement, accès, état du terrain et éventuelles réglementations particulières. En hiver, ça devient encore plus important : deux endroits relativement proches sur la carte peuvent avoir des conditions complètement différentes.
Voir les Bauges en photographie
Massif au coucher du soleil, belvédère du Revard, Croix du Nivolet, Margériaz sous la neige, Dent d’Arclusaz ou col des Prés en hiver : retrouvez la sélection de photographies des Bauges dans la galerie.
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